Des dizaines de milliers de membres du Syndicat des Métallos employés dans les secteurs de l’acier, de la foresterie, de l’aluminium, des pièces automobiles et d’autres industries au Canada continuent de faire face à une grande incertitude en raison des guerres tarifaires et commerciales menées par Donald Trump.
Dans ce contexte de bouleversements sans précédent, les Métallos canadiens se sont joints à leurs alliés américains et mexicains en février afin d’élaborer une stratégie visant à renforcer les droits des travailleuses et travailleurs avant la révision prévue de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
La délégation syndicale au Mexique se composait de membres et de dirigeants des Districts 5 et 6 des Métallos au Canada, et du district 7 aux États-Unis, ainsi que de l’Association internationale des machinistes (AIM). La plupart des délégués représentaient des sections locales directement touchées par les tarifs.
Des réunions syndicales trinationales au Mexique ont eu lieu au moment même où une délégation officielle du gouvernement canadien composée de centaines de gens d’affaires recherchait des possibilités d’investissement au Mexique, sans aucune représentation syndicale.
Parmi les syndicats mexicains qui ont accueilli la délégation syndicale canado-américaine figuraient les Mineros, le Front authentique des travailleurs (Frente Autentico del Trabajo, ou FAT), les travailleurs des télécommunications (Telefonistas) et la Ligue syndicale mexicaine (La Liga). Les membres des syndicats mexicains ont des employeurs communs avec les Métallos, notamment ArcelorMittal, Newmont, Orla Mining, Eaton, Goodyear Tire et 3M.
Les participants des trois pays sont parvenus à une position commune sur la manière d’améliorer les droits des travailleuses et travailleurs dans le cadre de l’ACEUM. Cela comprend le renforcement du mécanisme de réaction rapide, qui permet aux travailleuses et travailleurs du Mexique de déposer des plaintes pour violation de leurs droits de se syndiquer ou de négocier collectivement contre les employeurs qui exportent vers les États-Unis ou le Canada.
Si le mécanisme de réaction rapide a aidé des travailleuses et travailleurs à négocier des conventions collectives solides dans des dizaines de cas et à former des syndicats, des mesures plus énergiques sont nécessaires pour combler l’énorme écart salarial auquel les travailleuses et travailleurs du Mexique continuent d’être confrontés.
Des mesures importantes sont nécessaires pour réduire la pauvreté et l’exploitation au Mexique et mettre fin à la pression à la baisse sur les salaires des travailleuses et travailleurs aux États-Unis et au Canada, ont déclaré les syndicats.
Ce message a été clairement transmis par la délégation syndicale au Mexique, dont les membres des trois pays ont rencontré les médias canadiens et mexicains, les ministres du Travail et de l’Économie du gouvernement mexicain, ainsi que des représentants de l’Organisation internationale du Travail des Nations Unies.
« La rencontre avec les travailleurs et les dirigeants syndicaux au Mexique a renforcé l’importance de la solidarité transfrontalière pour le mouvement syndical », a affirmé Charlie Scibetta, adjoint au directeur du District 6 des Métallos, qui a dirigé la délégation du syndicat au Mexique.
« Lorsque les travailleurs et travailleuses du Canada, des États-Unis et du Mexique s’unissent pour renforcer les droits en milieu de travail et améliorer les normes, toute la population active d’Amérique du Nord en profite », a ajouté Charlie Scibetta.
Pour les Métallos, l’un des moments forts de la visite a été la rencontre avec des travailleurs et travailleuses qui tentaient d’établir des syndicats dans la ville industrielle d’Aguascalientes. La délégation a aussi visité une usine du fabricant de pièces automobiles Mahle, où elle a constaté que de nombreux processus de production étaient identiques à ceux des usines canadiennes. Les travailleuses et travailleurs mexicains disposent d’un syndicat puissant et d’une bonne convention collective, fruits de nombreuses années de lutte. Il s’agit toutefois de l’exception à la règle.
Les participants ont rencontré des travailleuses et travailleurs des installations mexicaines du fabricant multinational de pièces automobiles et d’équipements électriques Eaton, dont la demande d’élections syndicales est retardée depuis des mois. Grâce à une action collective et à des lettres de solidarité des districts des Métallos dont les membres travaillent dans des installations d’Eaton au Canada et aux États-Unis, les licenciements visant les partisans du syndicat dans l’usine mexicaine d’Eaton ont été annulés. Le FAT a également pu rencontrer des travailleurs sur le plancher de l’usine.
Gurdeep Jhita, président de la section locale 9042 des Métallos à l’usine Eaton de Mississauga (Ont.) a transmis un message de solidarité de ses membres aux travailleurs mexicains, tout comme les présidents des sections locales des Métallos du Québec.
« Comprendre les réalités des deux côtés de nos frontières nous a fait prendre conscience de l’importance du droit d’association. Cela nous a également aidés à comprendre le courage et les difficultés rencontrés par ceux qui nous ont précédés pour obtenir ces droits et la force nécessaire pour les préserver », a déclaré Pierre Piedalue, président de la section locale 6839 des Métallos chez Infasco, à Marieville (Qué.).
« En voyant les réalités auxquelles font face les militants au Mexique, ce voyage m’a fait réaliser l’importance de la mobilisation entre les trois pays dans le contexte actuel afin d’éviter une modernisation de l’ACEUM qui pourrait profiter à un pays au détriment des autres », a expliqué Jason Braconnier, président de la section locale 6869 des Métallos chez ArcelorMittal à Brossard (Qué.).
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