C’est dans l’air du temps de casser du sucre sur le dos des syndicats. Voilà que le premier ministre lance un ballon d’essai pour limiter l’action politique syndicale. Une manœuvre dans la lignée de sa loi antisyndicale de juin, qui entrave le droit de grève et risque fort d’être invalidée par les tribunaux et les chartes.
Le jeu du PM est clair : détourner l’attention des scandales de la SAAQ, de Northvolt et de l’austérité qui ternit cette rentrée scolaire.
Action sociale et politique
Les courants conservateurs et les milieux d’affaires sont gênés par l’action syndicale. Les plus extrêmes vont jusqu’à remettre en question la formule Rand dont le principe d’équité est que tous les travailleurs bénéficiant des avantages d’un syndicat soient tenus d’y cotiser, et en contrepartie que les syndicats soient tenus de les défendre.
Affaiblir les syndicats, c’est affaiblir les travailleurs et travailleuses et tirer tout le monde vers le bas, syndiqués ou non.
Limiter les syndicats à leur rôle de négociation des conventions collectives, c’est oublier que les décisions gouvernementales affectent directement la vie des travailleurs et travailleuses. C’est grâce aux lois et règlements en santé et sécurité obtenus de haute lutte par les syndicats si, aujourd’hui, il y a moins de décès et d’accidents au travail.
Lorsqu’on manifeste et qu’on rencontre des représentants du gouvernement pour demander un meilleur encadrement dans la signalisation routière afin de mettre fin aux décès dans ce secteur, on le fait avec les cotisations des membres.
C’est aussi avec l’argent des cotisations qu’une trentaine de militants syndicaux ont passé six semaines sur la colline parlementaire fédérale et réussi à convaincre les politiciens de mieux protéger les retraites en cas de faillite d’entreprise. C’est aussi avec l’argent des cotisations qu’on a fait campagne et obtenu une loi au Québec interdisant les régimes de retraite et d’assurance à deux vitesses, défavorables aux jeunes travailleurs.
Quand nous revendiquons une politique industrielle pour assurer l’avenir du secteur forestier, de bons emplois en contrepartie des tarifs préférentiels, un meilleur salaire minimum, nous faisons de l’action politique. Et c’est bénéfique à l’ensemble des travailleurs et travailleuses, pas seulement pour nos membres.
Quand les Métallos ont ajouté leur voix, et surtout, leurs moyens, aux revendications des groupes environnementaux pour une consigne sur le verre, l’idée a finalement abouti.
Quand les syndicats se mêlent d’environnement, à la COP ou ailleurs, c’est pour que la voix des travailleurs soit entendue. Face aux patrons, aux poches profondes des multinationales et à leurs puissants lobbys, il est sain que les travailleurs mettent leurs moyens en commun pour s’exprimer par la voix de leur syndicat.
Les travailleurs ne sont pas des robots
Défendre une société où chaque travailleur ou travailleuse peut vivre décemment, revenir en santé auprès des siens et être protégé contre les injustices : voilà notre mission.
Les travailleurs se préoccupent aussi des garderies, des écoles, de la santé, de l’assurance-médicament, du logement, du coût de l’épicerie, de leur retraite. Ils s’attendent logiquement à ce que leurs syndicats s’en occupent.
Et pour ce qui est des finances syndicales, les états financiers sont à la disposition des membres, les dépenses sont votées en assemblée générale, tout comme les orientations. Les syndicats s’appuient déjà sur des mécanismes de vérification.
Les contre-pouvoirs dérangent
N’oublions pas que lorsque les syndicats s’affaiblissent, les inégalités explosent. C’est précisément ce qui est arrivé aux États-Unis ces dernières décennies et de façon plus accélérée depuis l’élection de Donald Trump. Il est hors de question que le Québec s’engage dans cette voie.
Les syndicats dérangent. C’est le propre des contre-pouvoirs. Ils sont nécessaires à l’équilibre d’une société démocratique.
Nicolas Lapierre
Directeur québécois du Syndicat des Métallos (FTQ)
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